Texte du salon de Montrouge 2014 par Daniel Bosser english

Installations, peintures, sculptures, photographies sont les champs d’investigation de Nicolas H Muller depuis ses études à L’EESI d’Angoulême (2008) et à la Villa Arson à Nice (2010), et qu’il développe notamment dans le cadre de nombreuses résidences
(Vienne, Florence, Francfort…).

Ses oeuvres, bien qu’ayant chacune leur autonomie, sont généralement inscrites dans des projets qui entrent en forte résonance avec la mémoire ou l’architecture de l’espace qui les
reçoit. Deux pièces de 2010 sont emblématiques de cette démarche. La première, Vue
de la fenêtre nord de la Villa Caméline, est une vitre descellée d’une fenêtre puis encadrée et exposée. La seconde, Nom et prénom du peintre d’origine, date de création de
l’oeuvre, est une toile sur laquelle il a peint la réplique d’une peinture murale (qui était une
des contraintes du lieu d’exposition) et qu’il accroche exactement au-dessus de la peinture
murale. Ces gestes d’appropriation créent un décalage entre deux réalités et mettent en pratique cet art du déplacement et du recouvrement/révélation de la mémoire des lieux.

Nicolas H Muller, selon son propos, « rapproche ce détournement du regard du spectateur
de la pratique de la digression dans le langage écrit ou parlé ».
Ce questionnement sur l’espace et le dispositif d’exposition, Nicolas Muller va le renforcer
dans ses projets ultérieurs. Dans L’endroit du décor, la reconstruction au sein de la salle
d’exposition de la maquette du lieu en carton de récupération, et la reproduction à l’identique
sur les murs d’éléments graphiques figurant sur le carton de la maquette, font que
le modèle devient le modelé. Ce va et vient du regard entre la maquette et l’espace d’exposition
provoque ainsi un troisième espace physique. De même dans le projet Samotari
réalisé à Vienne en Autriche en 2012, l’architecture intérieure construite par l’artiste (des
peintures murales et un tuteur de mesure d’enneigement, et des peintures ayant pour
titre Des peintures d’ateliers) déplace mentalement le lieu d’exposition vers la ville.
Les pièces qu’il a produites lors de sa résidence à la Villa Romana à Florence en
2013 conduisent le promeneur (terme qu’il préfère à celui de visiteur) dans un univers
mental dont les références à l’histoire de l’art côtoient la simplicité des réalités quotidiennes.
Le titre des oeuvres (ou le cartel) Das Blau Pferd, un siècle de peinture allemande et Jus de Calvino, qui pour Nicolas H Muller font partie intégrante de l’oeuvre comme dans tous ses autres projets, apportent des indices de compréhension, mais l’artiste n’impose pas de lecture autoritaire de ses travaux. Il préfère laisser le promeneur explorer son travail avec plusieurs pistes de lecture, comme un archéologue qui irait à la découverte d’un lieu où se mêleraient traces de culture savante et objets de fable populaire. Comme ce casque en céramique, Casque
sans tête, reposant sur le sol au milieu de la salle d’exposition, dans lequel la tête du promeneur
pourrait se loger pour y trouver la mémoire de l’exposition et l’histoire du lieu.
Son dernier projet, Olympia, fonctionne comme une quête symbolique s’appuyant sur sa pratique de l’in situ et du déplacement de l’espace d’exposition : faire entrer l’extrême sommet du Mont-Blanc dans la maquette du white cube portée sur le sommet de la montagne mythique.
Installations, paintings, sculptures and photographs, have been Nicolas H Muller’s areas of investigation since his time as a student sat the EESI of Angoulême (2008) and at the Villa Arson in Nice (2010) and which he has developed in the context of numerous residencies (Vienna, Florence, Frankfurt…) Although each of his works is autonomous in itself, they are generally part of projects that resonate with the memory or the architecture of the space that houses them. Two pieces from 2010 are representative of this process. The first Vue de la fenêtre nord de la Villa Caméline (View from the northern window of the Villa, Caméline) is a pane of glass removed from a window, then framed and exhibited. The second, Nom et prénom du peintre d’origine, date de création de l’oeuvre, (Surname and name of the original painter, date of creation of the work) is a canvas on which he has painted a replica of a mural which was one of the constraints of the exhibition space) and which he hung exactly above mural. These gestures of appropriation create a gap between two realities and puts this art of displacement and recovery/revelation of the memory of places into practice. According to his statement, Nicolas H Muller “brings this diversion of the spectator’s gaze from the practice to digression in written or
spoken language” Nicolas H Muller has reinforced this questioning about the space and the exhibition system in his later works. In L’endroit du décor (The Right Side of the Decor), the reconstruction within the exhibition space of the model of the location in recovered cardboard and the identical reproduction on the walls of graphical elements appearing on the model’s cardboard makes the model become the modelled. This toing and froing of the gaze between the model and the exhibition space thus provokes a third physical space. In the same way with
the project Samotari created in Vienna in Austria in 2012, the interior architecture built by the artist (murals and a tutor snow level measurement and paintings whose titles are des peintures d’ateliers (studio paintings)) mentally moves the exhibition space towards the city.
The pieces he produced during his residency at the Villa Romana in Florence in 2013 lead the stroller (he prefers this term to visitor), into a mental universe whose references to the history of art exist alongside the simplicity of everyday realities. The title of the works (or the label) Das Blau Pferd, un siècle de peinture allemande, jus de Calvino (Das Blau Pferd, a century of German painting, juice of Calvino) which for Nicolas H Muller form an integral part of the work like in all
his other projects, contribute clues to comprehension but the artist does not impose
any authoritarian reading of his works. He prefers to allow the stroller to explore his work with several ways of reading like an archaeologist who goes to discover a place where traces of a cultivated culture and works of popular fable are mixed together. Like the ceramic helmet, casque sans tête lying on the ground in the middle of the exhibition space in which the stroller’s head could be placed to find in it the memory of the exhibition and the history of the place.
His most recent project Olympia operates like a symbolic quest relying on his practice of
site-specific art and the displacement of the exhibition space: make the extreme summit of Mont Blanc in the model of the white cube carried on the summit of the mythical mountain.